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Edmond Simeoni livre son sentiment : "Le
référendum, seul issue pour dénouer la crise". :.
«Le référendum seule
issue pour dénouer la crise» Celui qui reste un militant nationaliste
analyse la situation actuelle. Il estime que l’inertie des partisans de la
réforme laisse le doute s’installer sur le bien-fondé de la démarche
- La politique menée par le gouvernement et plus précisément par
Nicolas Sarkozy, vous paraît-elle aller dans le bon sens? Edmond SIMEONI.
M. Sarkozy est un homme efficace et volontaire qui a parfaitement compris la
question Corse mais il ne peut résoudre la quadrature du cercle. D’une part, il
diligente la mise en place du nouveau Statut se débat au niveau de BruxeIles ou
il obtient quelques résultats partiels; il attend la révision constitutionnelle
du printemps 2003 pour procéder. s’il existe un improbable consensus local, à la
réforme administrative (collectivité unique), faire bénéficier la Corse du droit
à expérimentation et d’un pouvoir législatif encadré D’autre part, il est soumis
à la politique de Chirac qui est oppo-sé à toute évolution spécifique de la
Constitution sauf si elle précède une évolution régionale similaire en France.
Nul ne peut oublier la récente et funeste phrase de Chirac, d’ailleurs empruntée
à Giscard d’Estaing : « Il n’y a pas de problème politique corse mais il y a des
problèmes en Corse. » Chirac et Raffarin nous placent dans le futur cadre de
droit commun, de la décentralisation française alors que nous avons
impérativement besoin d’un cadre spécifique, de décolonisation. Les deux statuts
précédents, Defferre et Joxe. ont échoué - et Matignon risque d’échouer aussi -.
non par suite d’une fuite en avant de la Corse. mais tout simplement parce
qu’ils n’ont pas répondu, ni hier ni aujourd’hui à cette nécessaire exigence
d’une véritable autonomie : reconnaissance du peuple corse, enseignement
obligatoire de la langue, pouvoir législatif, autonomie financière, transfert de
toutes les compétences à l’exclusion des Affaires Etrangères et de la Défense
Nationale. Les trois statuts de la Corse sont dérisoires en leur contenu; il
suffit, pour être édifié, de les comparer au statut d’autonomie des
quatre-vingt-trois Régions autonomes d’Europe. Ils présentent l’unique avantage
pour la France - tous partis politiques confondus, de conforter sa stratégie qui
consiste à gagner du temps et à noyer la question corse : vingt ans de gagné
mais des violences à la pelle, grâce à trois statuts inadaptés. Quelle erreur
d’analyse que de spéculer sur la démission ou la lassitude du peuple alors que
cette attitude dilatoire non seulement ne résout pas la crise historique de la
nation corse mais aggrave et radicalise le contentieux. Le réveil risque d’être
brutal. La France reste coloniale, hypercentralisée ; elle veut une Europe des
Etats-Nations mais elle a déjà perdu un élément clef de sa souveraineté avec
l’euro et voit inexorablement ses politiques étrangères et de défense prendre la
même pente. Elle rechigne mais glisse vers le fédéralisme. Ce but, atteint nous
bénéficierons enfin d’une liberté relative.
- Qu’attendez-vous de
l’Assemblée de Corse ? ES. L’Assemblée de Corse a globalement effectué un
travail intéressant en vingt ans d’existence mais elle ne peut résoudre seule
une crise multiforme qui plonge ses racines dans Histoire. Aujourd’hui, elle a
pour mission immédiate, de mettre en place la réforme et de finaliser le
processus de Matignon. dans sa deuxième phase; se dédire serait tragique.
Naturellement, elle doit poursuivre la gestion de l’île, commencer l’exécution
du Programme ExceptionneI d’Investissement, préparer les transferts de
compétences et surtout le Plan de Développement et d’Aménagement durables.
-Etes-vous favorable à une collectivité unique? ES. Résolument
oui. Je voudrais rappeler que les réformes importantes - continuité
territoriale. création de. deux départements et de la Safer, suppression du vote
par correspondance, remplacé par le vote par procuration sont intervenues au
lendemain d’Aléria. en 1976; les deux premières réformes avaient pour but
essentiel, mais masqué, d’intégrer solidement la Corse dans la métropole et
rendre plus difficile toute émancipation. Elles ont bien contribué à la
réalisation de cet objectif. Les causes des dysfonctionnement actuels sont
évidentes et ressassées: l’empilement des structures, les superpositions de
compétences conduisent au clanisme dévastateur à l’irresponsabilité, à la
gabegie financière et à l’inefficacité, à l’émiettement en pouvoirs personnels.
-Les opposants ont tout de même des arguments? ES. Les
prétextes pour défendre l’institution départementale sont dérisoires ou faux on
invoque le « centralisme ajaccien », les suppressions d’emplois et de services
de proximité, la non-représentation des territoires alors que, dans chaque cas.
les réponses appropriées existent. Il y aura des créations d’emplois; les
services actuels resteront sur place et il suffit de prévoir la représentation
des territoires pour avoir une couverture démocratique et efficace de l’île. A
l’inverse, on mesure les avantages de ce choix: unité d’analyse, de commandement
et de contrôle, responsabilisation des élus et du corps social, rationalisation
des choix, efficacité, économies mais, plus encore, affaiblissement progressif
du clanisme dominateur et des coteries. Les conservateurs se recrutent en
général chez les grands élus clanistes qui ont été toujours farouchement opposés
même à la plus minime régionalisation, à l’Université de Corse, à la langue
corse; absents de toutes les luttes populaires, ils étaient de ceux qui nous
combattaient férocement quand nous mettions en échec, avec d’autres, les Boues
rouges, la colonisation agricole puis touristique induite par le Schéma
d’Aména-gement de 1972. Et tout cela au nom de la République Française, appelée
au secours en vertu des grands principes, mais en fait pour défendre leurs
privilèges par tous les moyens dont la fraude électorale et le clientélisme ont
été les piliers. Naturellement cette réforme administrative n’a de sens que si
parallèlement on généralise l’intercommunalité et la décentralisation interne à
Ile, si on forme les élus et les personnels; et sur-tout si on améliore la
démocratie dont la faiblesse historique est à l’épicentre de tous nos maux.
- Vous paraît-il possible de parvenir à un consensus sur le statut de
la Corse ? Celui-ci doit-il être soumis à référendum? ES. Au plan des
principes, je voudrais simplement rappeler que, dès le début du processus de
Matignon, j’ai publiquement dit et nous n’étions pas nombreux à le dire, qu’il
souffrait d’un déficit démocratique et qu’il était impensable qu’une telle
réforme ne fasse pas l’objet d’un débat général et qu’elle ne soit pas validée
ou invalidée par une consultation populaire. Je regrette cependant que des
calculs de boutique et essentiellement la perspective des élections
territoriales de 2004, ne permettent pas aux partisans de la réforme, alors que
je les y ai tous instamment invités, de parler d’une seule voix pour conseiller
au peuple argumentation à l’appui, le chemin à suivre; la démonstration serait
probante, mobilisatrice et réduirait à néant les contrevérités des
conservateurs; elle laisserait bien entendu à chacun sa totale liberté de choix
lors des prochaines élections territoriales. Leur inertie laisse le doute
s’installer sur le bien-fondé de la démarche et ceci d’autant plus que
s’organise l’opposition de nombreux maires et conseillers généraux - mais pas
tous - qui, souvent sont plus préoccupés de leur carrière que de l’intérêt
général. Un échec de la consultation locale, et cette possibilité se renforce
actuellement, serait lourd de conséquences A chacun de prendre ses
responsabilités. En toute hypothèse, le référendum est la seule issue
démocratique pour dénouer la crise.
-Les Assises des libertés locale
ont-elles apporté dés éléments nouveaux susceptibles d’aider au règlement du
problème Corse? ES. Ce type de démarche n’est pas assimilable à un
processus de travail car la médiatisation, le temps compté, la densité des
participants sont des obstacles à un succès rapide et visible. Cependant, il a
été complété par d’autres séminaires, la visite à Bruxelles d’une délégation
conduite par M. Sarkozy lui-même. Il témoigne de la volonté du gouvernement
d’élargir - insuffisamment cependant - la consultation à toutes les forces
représentatives de l’île et permet un survol des grandes options. Le Ministre de
l’intérieur, actif et persévérant a, à plusieurs reprises, appelé les élus de la
Corse à se rassembler, à devenir cohérents, faisant implicitement peser un
éventuel échec sur leurs épaules.
-La société insulaire est de plus
en plus prise au piège de la violence et les attentats perdurent malgré la
trêve. Que faire pour l’en délivrer? E.S. La violence est une donnée
majeure et actuelle detoutes les sociétés, quel que soit leur régime. Les
élections présidentielles en France, en 2002, se sont jouées au premier tour,
décisif, sur le problème de la sécurité grossièrement exploité par la droite
devant une gauche divisée, inexistante et résignée; il reste d’ailleurs le thème
central du gouvernement de monsieur Raffarin; le filon est donc bon. La violence
de droit commun est endémique en Corse; sur le plan politique, il y a eu, en
2002, 220 attentats dont la moitié seulement a été revendiquée par des
mouvements clandestins dont l’émiettement est préoccupant, en dépit de la tréve
décrétée par le mouvement dominant le FLNC. La réponse à la violence n’est ni
immédiate ni garantie. Il faut une approche rationnelle, sou-tenue, combinant
des avancées politiques significatives — une autonomie complète, un corps social
responsabilisé, par la démocratie, la transparence de l’argent public, la
justice, la solidarité - avec le développement, l’éducation, la prévention et la
répression.
- Quel regard portez-vous sur l’état du nationalisme
aujourd’hui, avec la proximité des élections territoriales de 2004 ? ES. Le
bilan du nationalisme est conrasté. On sait son engagement ses sacrifices et ses
résultats notamment dans les domaines essentiels de la prise de conscience, du
progrès des institutions politiques, de la préservation du sol, de l’identité;
mais on sait aussi ses divisions, sa balkanisation en factions antagonistes, ses
affrontements fratricides, ses dérives, ses accommodements avec l’éthique, ses
violences incontrôlées. A mon sens, plus le sentiment national progresse dans le
peuple - comme en attestent les succès aux élections de parent d’élèves en Corse
du Sud ou à la Chambre des Métiers de la Haute-Corse ou encore du SIC aux
élections prud’homales - et moins le peuple a confiance dans le nationalisme
organisé, perçu, même si cela n’est pas exact, comme une entité globale dont il
comptabilise l’actif et le passif. Les élec-tions de 2004 pas plus que le
pro-cessus de Matignon ne marquent la fin de notre histoire collective; ils en
sont des étapes que l’intérêt national commande de négocier, dans la clarté et
intel-ligemment. Un échec— il est pos-sible - serait lourd de conséquences pour
la mouvance nationaliste.
- Personnellement comment vous situez-vous
dans le contexte actuel ? ES. Je suis un militant nationaliste dont
l’engagement a toujours été indissociable de la démocratie et des valeurs de
l’humanisme et je n’appartiens à aucun mouvement politique même si je suis très
impliqué dans de nombreux combats associatifs (diaspora, culture, écologie,
formation, etc... Une longue expérience m’a appris à être sans illusion sur la
volonté actuelle de la France de résoudre équitablement et définitivement la
question corse ; elle ne le fera que contrainte et forcée. Je sais aussi l’état
réel et préoccupant de notre économie, de notre société, de notre démocratie, de
notre morale publique. Il y a donc un double nécessité : se battre pour arracher
l’émancipation nationale et simultanément construire un pays.
-
Comment y parvenir? ES. Le mouvement national, dans sa diversité n’a
d’autre choix que le dialogue interne sur des bases claires pour dégager des
convergences crédibles dont la forme est à débattre mais dont la démocratie et
l’éthique sont le sousbassement non-négociable; il pourrait ainsi constituer une
force majeure sur le terrain des luttes indispensables et trouver une
représentation élective conforme à son audience. Rien ne l’empêcherait dès lors,
enfin doté d’une volonté, d’un projet et d’une stratégie, de passer un contrat
avec les élus et les forces de progrès, pour participer au gouvernement de notre
Pays, sur la base commune d’un contrat public. Avec d’autres, je m’emploie
activement à hâter les rapprochements que le devoir nous impose, si nous avons
la volonté réelle de libérer la nation, de la développer et de l’insérer dans
l’Europe. Je suis certain que l’intérêt national prévaudra sur les petites
ambitions personnelles et le patriotisme de parti et que la Corse sera libre,
apaisée parce que cette solution seule est conforme à l’histoire et au droit.
Propos recueillis par René LAPLAYNE
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