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La Catalogne se rêve en région européenne indépendante de Madrid
LE MONDE | 14.11.03 | 13h36 • MIS A JOUR LE 14.11.03 | 15h30
Les Catalans vont élire, dimanche 16 novembre, leur nouveau président,
après vingt-trois ans de règne sans partage du nationaliste
conservateur Jordi Pujol. L'homme a symbolisé la montée en puissance de
la Catalogne et son envie d'une autonomie toujours plus grande par
rapport à Madrid et au pouvoir central. Les deux candidats favoris pour
succéder à M. Pujol sont Artur Mas, dauphin désigné du président
sortant, et le socialiste et ancien maire de Barcelone Pasqual
Maragall. Les deux hommes ont fait campagne en demandant un nouveau
statut d'autonomie pour la région, de nouveaux pouvoirs en matière
fiscale, dans le domaine de l'immigration ou en matière internationale.
La Catalogne souhaite constituer une "eurorégion" à cheval sur les
Pyrénées, pour laquelle seraient lancés de grands projets
d'infrastructures.
Barcelone de notre envoyée spéciale
La Catalogne est en campagne électorale. Dimanche 16 novembre, aux
élections régionales, plus de 5 millions d'électeurs vont devoir
choisir leur nouveau président. Jordi Pujol, le dirigeant du parti
nationaliste conservateur, Convergence et Union (CiU), prend sa
retraite après 23 ans de pouvoir. Deux candidats se livrent un combat
acharné pour lui succéder : son dauphin, Artur Mas, et le président du
Parti socialiste catalan, Pasqual Maragall, l'ancien maire
charismatique de Barcelone, à l'époque flamboyante des Jeux olympiques
de 1992.
Ils sont à égalité dans les sondages, mais aucun des deux ne
devrait obtenir la majorité absolue. Le nouveau président, quel qu'il
soit, sera obligé de former un gouvernement de coalition et c'est un
troisième parti, Esquerra Republicana de Catalunya (ERC, Gauche
républicaine de Catalogne), qui se retrouve au cœur de la campagne. ERC
se définit comme un parti de gauche radicalement indépendantiste.
Va-t-il faire prévaloir son engagement à gauche et incliner la balance
vers les socialistes ou se ranger du côté nationaliste en appuyant CiU
? Son président, Josep Lluis Carod Rovira, se refuse à prendre position
avant les résultats, ce qui alimente une certaine confusion.
Que fera également cette frange d'électeurs de gauche, venus
d'autres régions d'Espagne et installés dans ce que l'on appelle "la
ceinture rouge" de Barcelone ? Traditionnellement ils s'abstiennent
lors des élections régionales et réservent leurs votes pour les
municipales et les législatives. L'interrogation porte également sur
l'attitude, parmi les 20 % d'électeurs indécis, de ceux qui en général
votent pour les partis nationalistes aux élections catalanes et
socialiste aux autres ? Quoi qu'il en soit, le Parti populaire (PP),
qui dispose de la majorité absolue au gouvernement central de Madrid,
est, en Catalogne, relégué en quatrième position et complètement isolé.
La Generalitat - le gouvernement catalan - dispose de larges
compétences, mais tous les partis politiques, sauf le PP, demandent une
révision du statut vers encore plus d'autonomie, en particulier en
matière fiscale. Les Catalans se plaignent toujours de payer pour le
reste des Espagnols et de peu recevoir.
"L'Espagne est un doughnut", dit-on en Catalogne, un rond avec un
trou au milieu, un trou qui serait Madrid et son gouvernement. Fiers de
leur identité nationale, de leur culture, de leur langue, de leur passé
antifranquiste et de leurs succès économiques, les Catalans supportent
mal l'ingérence du gouvernement central et l'autoritarisme du PP.
La comparaison traditionnelle entre les deux grandes capitales
espagnoles, Madrid et Barcelone, donne un aperçu du contraste entre les
deux mentalités. La vie madrilène, réveillée par la movida après la
mort de Franco, s'est rendormie à un rythme que ses habitants eux-mêmes
qualifient de "provincial". Barcelone, la ville européenne la plus
visitée par les touristes après Paris, cultive une image jeune,
cosmopolite, et exhibe boutiques de mode et de design, le jour,
discothèques et bars branchés, la nuit.
Si Madrid est toujours en travaux, ce qui faisait dire au grand
écrivain argentin Jorge Luis Borges que "ce sera une très belle ville
quand elle sera finie", Barcelone est, elle, toujours impliquée dans de
grands projets urbanistiques. Deux immenses chantiers sont en cours.
Celui de la Fira, le principal organisateur de salons en Espagne et le
cinquième en Europe, qui va doubler ses espaces d'exposition (340 000
m2 en 2007) tant sur la colline de Montjuich que sur la Gran Via, à
mi-chemin entre l'aéroport et la ville. Le projet urbanistique a été
confié à l'architecte japonais Toyo Ito. Les édifices les plus
spectaculaires en seront deux tours dont l'une, en spirale, sera
reflétée par l'autre.
L'autre chantier, "Diagonal Mar", va mettre fin à la malédiction
qui faisait dire que Barcelone tourne le dos à la mer et permettre de
récupérer tout le littoral, à l'ouest, pour en faire à la fois un
quartier chic, des plages, un complexe hôtelier, un centre de congrès
et une université, le tout autour d'un projet culturel, le Forum 2004.
Ce "Forum universel des cultures" se veut une actualisation de
l'ancienne idée d'Exposition universelle, et se tiendra du 9 mai au 26
septembre 2004. Là encore, un nouveau bâtiment exceptionnel, de forme
triangulaire, a été confié à deux architectes célèbres, les Suisses
Herzog et De Meuron.
Mais au-delà de ce côté "paillettes", la capitale catalane est
pourtant en perte de vitesse sur le plan économique par rapport à
Madrid. Les grandes entreprises préfèrent de plus en plus s'installer
dans la capitale espagnole où elles bénéficient de meilleures
infrastructures. En outre, la croissance économique de la Catalogne,
jadis la plus dynamique du pays, stagne depuis trois ans à 2,4 %, un
taux certes supérieur à la moyenne de l'Union européenne, mais au même
niveau que le taux national. Quant au PIB par habitant, il est
inférieur à celui de la Navarre et de la région de Madrid.
Surtout, et c'est ce que dénoncent la plupart des partis politiques
dans la campagne électorale, la Catalogne est en mal d'infrastructures.
L'aéroport ne suffit plus, le train à grande vitesse, l'AVE, qui devait
relier Barcelone et Madrid en 2002, puis en 2004, ne sera pas prêt
avant 2006, et il y a un grave manque d'approvisionnement en
électricité.
L'avenir de la Catalogne - et, avec lui, celui de la région de
Perpignan - se joue sans doute, selon les analystes, autour de la
création d'une Eurorégion qui impliquerait côté espagnol l'Aragon, la
Catalogne, les îles Baléares et la Communauté autonome de Valence, et
côté français le Languedoc-Roussillon et la partie montpelliéraine de
la région Midi-Pyrénées. Cela ne se fera pas sans difficulté : les
grands projets transpyrénéens - comme l'interconnexion électrique avec
la France, le ferroutage ou la prolongation du TGV entre Figueras, près
de la frontière française, et Perpignan - ont à peine été mentionnés
lors du dernier sommet franco-espagnol, à Carcassonne, le 6 novembre.
Ce projet, présenté par Pasqual Maragall au mois d'août, a été reçu
avec enthousiasme par le maire de Perpignan, Jean-Paul Alduy, et
soutenu par Artur Mas, mais il a été fort mal accueilli à Madrid, qui y
a vu une proposition " sécessionniste".
Martine Silber
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3 % seulement pour moins d'autonomie
Démographie. La Catalogne occupe un territoire de 32 140 km2 et
compte 6,34 millions d'habitants, selon le recensement de 2001. Le taux
de fécondité y est de 1,33, au-dessus de la moyenne espagnole (1,26)
mais loin de celui de la France (1,9).
Immigration. En cinq ans, le nombre d'étrangers en situation
régulière a augmenté de 264,3 %. Ils étaient 344 000 en 2002. Mais il y
aurait, en outre, 200 000 autres immigrants sans papiers.
Langue. Le catalan est compris par 94,5 % des habitants et plus de
74 % le parlent ou le lisent. L'enseignement du catalan est obligatoire
dans le primaire et le secondaire, pour les élèves comme pour les
enseignants. En 2001, 90 % des élèves avaient une compréhension orale
du catalan et 83 % du castillan. A l'inverse, 95 % avaient des
compétences linguistiques en castillan et 91 % en catalan.
Chômage. Au 3e trimestre 2003, le taux de chômage était de 9,2 % (11,17 % pour l'Espagne).
Indépendance. Selon le journal La Vanguardia, 19 % des Catalans
souhaiteraient l'indépendance d'ici quinze à vingt ans, 46 % voudraient
plus d'autonomie, 28 % préfèrent que cela ne change pas, et 3 %
seraient en revanche favorables à une autonomie réduite.
Source : www.lemonde.fr
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