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Débat empoisonné en Espagne autour d'un documentaire sur le conflit basque (MAGAZINE)

par Marie-Noëlle VALLES

MADRID, 30 sept (AFP) - Un documentaire sur le conflit basque du cinéaste Julio Medem a déclenché, dès avant sa sortie, une violente polémique, à laquelle se sont mêlés deux ministres, et qui donne la mesure de la difficulté de tout débat en Espagne sur le nationalisme basque.

A quatre jours de la sortie en salle de son documentaire, Medem a assuré devant la presse à Madrid avoir simplement voulu "lutter contre la pensée unique" qui assimile nationalisme basque et terrorisme.

Ce thème est repris par certaines des 70 personnalités interrogées au long de "La Pelota vasca, la piel contra la piedra" (La Pelote basque, la Peau contre la pierre), parmi lesquelles le psycho-sociologue Javier Elzo.

Elzo, menacé de mort par l'ETA et qui apparaît flanqué d'une escorte armée, dénonce "l'unanimisme de la presse de Madrid de tous bords" pour "diaboliser le nationalisme basque", violents et non-violents confondus.

Le documentaire donne également la parole au père Alec Reid, un des artisans du processus de paix en Irlande du Nord, qui estime "insultant pour la démocratie" le refus du gouvernement espagnol de dialoguer avec les nationalistes non-violents du PNV (droite, au pouvoir au Pays basque espagnol).

L'un des journalistes les plus influents d'Espagne, Inaki Gabilondo, de la radio privée Cadena Ser, dénonce lui aussi "l'assimilation du nationalisme au terrorisme".

Mais selon ce journaliste de sensibilité socialiste, si le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) se risquait à diverger du Parti Populaire (PP) dans l'exclusion des nationalistes, "il ne gagnerait plus jamais une élection".

Gabilondo parle d'"Inquisition" au nom de laquelle "quiconque prononce le mot de dialogue est dans le camp de l'ETA, avec les assassins".

Sans avoir vu le documentaire, présenté la semaine dernière au Festival de Saint Sébastien, les ministres de la Culture et de l'Intérieur du gouvernement conservateur, Pilar del Castillo et Angel Acebes, l'avaient vertement critiqué.

"Personne, dans aucun domaine, ne peut donner de justification au terrorisme", avait déclaré M. Acebes, interrogé sur le film, auquel aucun représentant du PP n'a accepté de participer. Un refus également essuyé auprès de l'aile armée du nationalisme basque, a souligné le cinéaste.

La ministre de la Culture a estimé que Medem prétendait placer "au même niveau" l'ETA et le gouvernement.

Mme Del Castillo a jugé "raisonnable" la demande de la représentante du PP à la mairie de Saint Sébastien pour que le documentaire soit retiré du Festival du Film, ce que le maire socialiste de la ville a refusé comme une tentative de "retour à la censure franquiste".

Medem a traité la ministre d'"irresponsable", dans les mêmes termes que le porte-parole d'Izquierda Unida (communiste) au Parlement, Felipe Alcaraz.

Le représentant du PP à la commission parlementaire de l'audiovisuel public a alors demandé que le cinéaste présente des excuses à la ministre ou rembourse l'argent reçu au titre de la diffusion de ses films (dont "Lucie et le sexe") par la télévision publique.

Un manifeste dénonçant le "harcèlement" contre Medem a été publié par des intellectuels et des artistes, dont le musicien Manu Chao.

"Tout ceci justifie le film", a dit le jeune cinéaste basque, visiblement affecté par une polémique qui "a dépassé de loin (ses) pires cauchemars" et lui a valu d'être comparé à Leni Riefenstahl, la cinéaste qui avait mis son art au service du nazisme.

"Je ne suis pas nationaliste, je suis de gauche et je crois en l'autodétermination", a expliqué Medem en se prononçant pour un référendum sur l'indépendance du Pays basque tel que prévu en 2005 par le chef du gouvernement régional basque, Juan José Ibarretxe.


 

 

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