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Une Europe des régions :
Un entretien avec le ministre-président du Land de Sarre :
Peter Müller
Peter Müller est ministre-président du Land de Sarre. Né en 1955, il est membre du présidium de la CDU et, en matière franco-allemande, officiellement chargé des relations culturelles. Propos recueillis à Berlin par Pierre Bocev [ 27 octobre 2003 ] Le Figaro. - La réunion de Poitiers peut-elle apporter une véritable plus-value à la relation franco-allemande ? Peter Müller. - Elle est un complément naturel à ce qui existe déjà. Les contacts existent et sont étroits, entre les deux gouvernements et aussi à l'échelle des communes grâce aux partenariats. Mais ils n'ont pas encore atteint cette intensité au niveau intermédiaire, entre les régions françaises et les Länder. Le renforcement du rôle des régions en France en fournit l'occasion, et cette réunion est la bienvenue. Du reste, le débat européen montre que l'avenir de l'Union européenne réside dans une Europe des régions. La France et l'Allemagne sont en mesure de la développer, de donner l'exemple. Il y a des coopérations en matière scientifique, économique ou environnementale qui autrement ne seraient tout simplement pas possibles pour l'Allemagne puisque ce sont des domaines qui relèvent de la responsabilité des Länder.
L'un de l'autre, évidemment. C'est un processus prometteur où il ne peut y avoir que des gagnants.
Le débat est déjà ancien, et il a toujours été déclenché par le même problème. La réalité constitutionnelle a pris en Allemagne une évolution problématique : la séparation des compétences entre l'État fédéral et les Länder a été noyée et il faut absolument rétablir la situation que souhaitaient à l'origine les pères de notre loi fondamentale. Les Länder ont besoin de nouvelles compétences clairement établies, sans immixtion du fédéral et, en contrepartie, le Bundestag doit bénéficier d'une marge de manoeuvre législative plus large.
Je vous donne un exemple : la Sarre souhaiterait que ses taxis soient multicolores, mais la couleur beige est imposée par Berlin. Je ne vois pas pourquoi le pouvoir central déciderait de cela. Au-delà de l'anecdote, les Länder aspirent à avoir la compétence dans des domaines comme le droit de la presse ou le droit de rassemblement.
Il ne peut réussir que si nous aboutissons à des changements substantiels qui sont à l'avantage des deux côtés. Pour le fédéral, il est essentiel que la capacité de blocage qu'exercent aujourd'hui les Länder au Bundesrat soit réduite. Pour les Länder, il s'agirait d'un transfert de compétences en leur faveur, comme l'abolition de la «législation cadre», par exemple, qui brouille les pistes et empêche les démarcations. Les chances de succès me paraissent relativement grandes : la pression existe, dans la mesure où la situation actuelle est ressentie comme très insatisfaisante de part et d'autre. Tout le monde a intérêt à ce que l'exercice n'échoue pas.
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